
Journal of Environmental Education Research and
Sustainable Development
(JEERESD)

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The Journal of Environmental Education Research and Sustainable Development
* Corresponding author.
DOI : 10.5281/zenodo.15786659
Reçu le 11. JAN 25; révisé le 22. FEB 25 form; Accepté 20 juin 25; publié le 30 June 25.
© 2025 The Authors. Published by EcoClean Environment Company. This is an open access article under the CC BY 4.0 license (http://creativecommons.org/licenses/CC BY 4.0/).
Published by EcoClean Environment Company
Récents processus géomorphologiques sur le plateau du Kwango : cas de l'anthropisation et des glissements de terrain dans la zone du Pont Kwango en RDC
Fils Makanzu Imwangana1,2, Thierry Lefa Mayoko2, Wilfrid Lutete Nzau2, Blaise Kalunga Mukuwa2, Daddy Patrick Ilito Lofongo2
1 : Université de Kinshasa (UNIKIN), Faculté des Sciences et Technologies, Mention Géosciences, Unité de Recherches et de Formation en Gestion des Risques Naturels, Kinshasa, RD.Congo
2 : Centre de Recherches Géologiques et Minières, Département de Géologie urbaine et Environnement, Laboratoire de Géomorphologie et Télédétection, Kinshasa, RD. Congo.
Abstract
Context: Human activities are increasingly exacerbating disaster risks such as landslides in the landscape. While landslides are well known in eastern DR Congo in general and the Kivu region in particular, this is not the case in the western part of the country. So, we wanted to conduct a cartographic inventory of landslides and know their factors in an area close to the region of Kinshasa. Method: The techniques of photo-interpretation of satellite images using Google Earth Pro and Landsat 8 were used to conduct the cartographic inventory of landslides, which were coupled with field surveys using the Garmin 62s GPS. The land use map was obtained using the supervised classification method. Results : Eighteen landslides were mapped in the Kwango Bridge area, located southeast of Kinshasa. Based on this, a susceptibility map of the area to landslides was developed. The factors that triggere these landslides are of two types: either they are linked to human activities (runoff produced by National Road No.1, presence of artisanal quarries in the foothills), or they are natural because of the hilly topography. Conclusion: This inventory is a start in understanding anthropization and the development of landslides in the Kwango Bridge area. The landslide susceptibility map takes into account known natural and anthropogenic predisposition factors. This map is a valuable decision-making tool in an area where agricultural activities are increasingly developing to provide the city of Kinshasa.
RESUME :
Contexte : Les activités anthropiques exacerbent de plus en plus des risques de catastrophes tels que les glissements de terrain dans le paysage. Si les glissements de terrain sont bien connus à l’est de la RD.Congo en général et la région du Kivu en particulier, il n’en est pas pourtant le cas dans la partie Ouest du pays. Alors, nous avons voulu mener un inventaire cartographique des glissements et connaitre leurs causes dans une zone proche de la région de Kinshasa. Méthode : On a fait usage des techniques de la photo-interprétation des images satellitaires grâce à Google Earth Pro et Landsat 8 pour mener l’inventaire cartographique des glissements de terrain, auxquelles ont été couplés des levés de terrain en utilisant le GPS Garmin 62s. La carte d’occupation des terres a été obtenue par la méthode de la classification supervisée. Résultats : On a cartographié 18 glissements de terrain dans la zone du Pont Kwango, située au sud-est de Kinshasa. Partant de cela, une carte de suscpetibilité de la zone aux glissements de terrain a été élaborée. Les facteurs qui induisent ces glissements sont de deux types soit c’est lié aux activités anthropiques (ruissellement produit par la route nationale N°1, présence des carrières artisanales aux piémonts), soit c’est naturel à cause de la topographie collinaire. Conclusion : Cet inventaire constitue un début dans la compréhension de l’anthropisation et du développement des glissements de terrain dans la zone du Pont Kwango. La carte de susceptibilité au glissement de terrain tient compte de facteurs de prédisposition naturelle et anthropique connus. Cette carte est un précieux outil d'aide à la décision dans une zone où se développent de plus en plus des activités agricoles pour alimenter la ville de Kinshasa.
Mots clés : Google Earth, Anthropisation, Glissements de terrain, Kwango, Fréquence ratio, carte de susceptibilité.
1. INTRODUCTION
Les glissements de terrain peuvent engendrer des effets en cascade qui s’étendent bien au-delà du site d’origine de la perturbation ; ils affectent notamment le drainage naturel de l’eau, les bilans sédimentaires associés, conduisant ainsi à l’envasement des cours d’eau et peuvent être responsables de crues éclairs très dévastatrices (Gill et Malamud, 2014). Les activités anthropiques, de plus en plus nombreuses, représentent toutefois des perturbations additionnelles qui conduisent à l’accélération des processus d’érosion et des glissements de terrain, contribuant à l’apport de sédiments fins dans la colonne d’eau (Gill et Malamud, 2017 ; Chako Chunga et al., 2024).
On constate depuis quelques décennies des changements morphologiques des paysages et des cours d’eau (Moeyersons et Trefois, 2008), une certaine récurrence aux catastrophes d’origine naturelle à travers la République Démocratique du Congo -RDC- (Ilombe Mawe et al., 2024). L’est du pays en général et la région du Kivu en particulier sont réputés en ce qui concerne les géorisques (Monsieurs et al., 2018 ; Dille et al., 2019 ; Chako Chunga et al., 2024) et certaines catastrophes d’origine météorologique (Makanzu Imwangana et al., 2020). Excepté pour les inondations et l’érosion ravinante (Makanzu Imwangana et al., 2015; Makanzu Imwangana et al., 2017, Mubanga Nzo-Ayum et al., 2024 ; Ilombe Mawe, 2024), le sud-ouest est souvent présenté comme une région sure du point de vue de certains risques naturels, notamment les glissements de terrain. Pourtant, ce phénomène est aussi remarquable sur le plateau du Kwango, surtout dans la zone du Pont Kwango, à 230 km au sud de la ville de Kinshasa, qui est un espace se prêtant à l’agriculture. Les glissements de terrain provoquent de nombreuses victimes (Petley, 2012) et d’énormes conséquences tant économiques qu’environnementales (Makanzu Imwangana et al., 2020 ; Mugisho Bachinyaga et al., 2022).
Si dans la région du Kivu, on peut dénombrer aujourd’hui quelques inventaires cartographiques sur les glissements de terrain (Maki Mateso et Dewitte, 2014 ; Butara et al., 2015 ; Bunduki et al., 2015 ; Kulimushi et al., 2017 ; Monsieurs et al., 2018) et des études sur les facteurs de causalité et de vulnérabilité (Maki Mateso et al., 2014 ; Dille et al., 2019), il n’en est pas de même dans le Plateau du Kwango. À la lumière de Maki Mateso et Dewitte (2014), le but de cette recherche consiste à faire un premier inventaire des glissements de terrain dans la zone du Pont Kwango tout en essayant de répondre aux questions essentielles sur leur distribution spatiale et temporelle, leur morphométrie, leur processus et les conditions naturelles et anthropiques de leur occurrence. Aussi, si dans la région du Kivu, les glissements de terrain sont provoqués par l’activité sismique de la région et/ou par de fortes pluies dans un espace montagnard surpeuplé et où l’on connait un taux de déforestation accrue, il importe alors de mieux comprendre leurs causes dans la zone du Pont Kwango afin de développer de mesures préventives, des techniques de lutte et/ou d'atténuation. Ainsi, nous avons choisi cette recherche afin de fournir des données fiables pouvant aider lors des travaux d’aménagement du territoire pour que les experts et décideurs puissent prendre en compte l’aléa « glissements de terrain » afin d’en intégrer dans le planning de leurs activités.
Depuis 2005, l’entreprise Google Earth fournit un accès libre et une couverture dans le monde entier d’images à haute et très haute résolution spatiale. Ces informations fournissent des nouvelles possibilités d’exploiter les images satellitaires, pour la détection et la cartographie d'aléas naturels tels que les glissements de terrain, en exploitant la visualisation en trois dimensions (3D) et la couverture multi-temporelle (Fisher et al., 2012). Même si l’interprétation d’image Google Earth ne permet pas une identification rigoureuse de toutes caractéristiques de glissement de terrain, elle demeure tout de même un outil efficace pour une telle étude. Notons que dans l’analyse des risques de glissements de terrain qu’il est recommandé de prendre en compte les éléments à risque qui peuvent être dangereux, tels que la population, les biens ou l’environnement. Les images Google Earth de très haute résolution spatiale sont ainsi adaptées à l’identification de ces éléments. Ainsi, les images Google Earth permettent d’identifier l’état d’occupation du sol et les glissements de terrain dans notre zone d’étude.
Par ailleurs, ces dernières décennies, on remarque une recrudescence des catastrophes dans les milieux urbains et/ou péri-urbains de la ville de Kinshasa due à la croissance de la population, de la déliquescence des infrastructures de base et des activités anthropiques qui déstabilisent les versants : le déboisement, l’entretien insuffisant des forêts, et la dénudation du sol, etc. Pour ce faire, nous avons voulu étudier cette partie de la Province du Kwango, qui connait aussi le développement des projets agricoles et d’autres activités anthropiques de manière croissante pour savoir leurs impacts dans le développement de phénomène de glissement de terrain observé dans la zone du Pont Kwango incluant le secteur de Bukanga-Lonzo, dans la province du Kwango. En se basant sur l’analyse virtuelle dans Google Earth Pro, les traitements des données et les observations de terrain, tenant compte des critères morphologiques, sous réserves des conditions climatiques inchangées, le développement des glissements de terrain serait lié à la fois aux facteurs des prédispositions naturelles qu’anthropiques qui se développent en leur amont.
L’objectif général de cette recherche consiste à identifier et suivre les changements géomorphologiques récents du plateau du Kwango en général et en particulier dans la zone du Pont Kwango, en utilisant la télédétection et le système d’information géographique (SIG) après validation en juxtaposant avec les données de terrain. Cela permettra de mettre en évidence l’évolution des activités anthropiques (aménagement, agriculture, construction des routes, mines artisanales, etc.) qui serait liée à l’évolution démographique dans la zone. Les objectifs spécifiques consistent à (i) cartographier les glissements de terrain dans notre zone d’étude ; (ii) élaborer la carte d’occupation de sol ; (iii) déterminer les facteurs (prédisposition naturelle et/ou anthropique) qui sont à la base de ces glissements de terrain et (iv) élaborer la carte de susceptibilité au glissement de terrain du secteur d’étude.
2. PRÉSENTATION DE LA ZONE DU PONT KWANGO ET SES ENVIRONS
Situé au sud-ouest de la ville de Kinshasa, le plateau du Kwango s’étend du nord de l’Angola (Province de Lunda Norte) aux confins de la ville de Kinshasa où le plateau de Batéké, qui serait son prolongement nord, et de la rivière Kasaï à l’est jusqu’à l’ouest dans la zone de Kimvula au Kongo-central.
La zone du Pont Kwango et ses environs (Zone du Pont) est une portion comprise entre les longitudes Est 16°15’14,5’’ et 19°58’59,5’’ d’une part et d’autre part les altitudes Sud 4° 26’15.5’’ et 4° 19’14,5’’ (Fig.1).

Publisher:
EcoClean Environment Company
Figure 1 : Carte de zone du Pont Kwango et environs du secteur de Bukanga-Lonzo
Les formations géologiques qui affleurent dans le Kwango en général et la zone du Pont Kwango en particulier sont d’âge allant du Néogène au Crétacé inférieur pour les formations sédimentaires, ainsi que des roches magmatiques appartenant au Protérozoïque (Phambu Nlandu et Kant Kabalu, 2012). Les sols qu'on trouve dans la savane du plateau du Kwango sont des sols ferralitiques lessivés en fer et en argile, formés sur un matériau sablo-faiblement argileux, pauvres en bases et de perméabilité élevée. Les caractéristiques les plus remarquables de ces sols sont liées au type de matières organiques et à sa répartition dans le profil. La pénétration humifère profonde est possible en raison du caractère meuble et perméable du matériau originel. Aussi, on y rencontre des sables bien classés et relativement fins avec une médiane de 0,17µm. Si les minéraux altérables sont inexistants, on observe fréquemment dans le matériau originel quelques petites concrétions brunes limonitiques arrondies à patine superficielle et des débris de concrétions rouges sub-anguleux. Ce matériau originel repose sur des grès polymorphes dont la perméabilité en grand est également importante. Sur le plan climatique, la zone d’étude se situe entièrement dans la zone intertropicale ; malgré les changements qui ont pu être observés depuis quelques années, cette région a un climat qui appartient au type « Aw4 » selon les critères de Koppen revus par Guetter et Kutzbach (1990) et Peel et al. (2007). Excepté les forêts galeries logeant les grands cours d’eau tels que la rivière Kwango, toute cette zone d’étude est dominée par la savane arbustive et herbeuse.
3. MATERIELS ET METHODES
3.1. Matériels utilisés
Les matériels utilisés dans le cadre de notre recherche sur le monitoring des changements morphologiques récents sont :
Tableau 1 : Caractéristiques des images Landsat 7 et Landsat 8
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Landsat 7 |
Landsat 8 |
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Nom des bandes |
Largeur de bande (µm) |
Résolution spatiale (m) |
Nom des bandes |
Largeur de bande (µm) |
Résolution spatiale (m) |
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Bande 1 : Côtiers |
0.43 – 0.45 |
30 |
|
Bande 1 : Bleu |
0.45 – 0.52 |
30 |
Bande 2 : Bleu |
0.45 – 0.51 |
30 |
|
Bande 2 : Vert |
0.52 – 0.60 |
30 |
Bande 3 : Vert |
0.53 – 0.59 |
30 |
|
Bande 3 : Rouge |
0.63 – 0.69 |
30 |
Bande 4 : Rouge |
0.64 – 0.67 |
30 |
|
Bande 4 : NIR |
0.77 – 0.90 |
30 |
Bande 5 : NIR |
0.85 – 0.88 |
30 |
|
Bande 5 : SWIR1 |
1.55 – 1.75 |
30 |
Bande 6 : SWIR1 |
1.57 – 1.65 |
30 |
|
Bande 7 : SWIR2 |
2.09 – 2.35 |
30 |
Bande 7 : SWIR2 |
2.11 – 2.29 |
30 |
|
Bande 8 : Plan |
0.52 – 0.90 |
15 |
Bande 8 : Casserole |
0.50 – 0.68 |
15 |
|
Bande 9 : Cirrus |
1.36 – 1.38 |
30 |
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|
Bande 6 : TIR |
10.40 – 12.50 |
30/60 |
Bande 10 : TIRS1 |
10.6 – 11.19 |
100 |
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Bande 11 : TIRS2 |
11.5 – 12.51 |
100 |
Les données collectées proviennent des images libres de Google Earth Pro, qui ont servi d'identifier, ainsi que de spatialiser les glissements de terrain. D'autres images telles que les Shuttle Radar Topography Mission (SRTM) et Landsat 7 & 8 ont servi à monter respectivement les aspects topographiques et d'orientation, et la cartographie de l'occupation du sol.
3.2. Acquisition des données
Lors de notre recherche, la méthodologie utilisée se résume dans la Figure 2.
