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DOI : 10.5281/zenodo.17237316

Reçu le 09 Juin 25; révisé le 13 Juillet, Accepté 17 Aout  25; publié le 30 septembre 25.

© 2025 The Authors. Published by EcoClean Environment Company. This is an open access article under the CC BY 4.0 license (http://creativecommons.org/licenses/CC BY 4.0/).

 

EFFET DES MICROPLASTIQUES SUR LA FERTILITE DES SOLS AGRICOLE : CAS DE LA CROISSANCE DU MAÏS (ZEA MAYS)

 

KEWE Duchelle Maeva1, ATANGANA NGALARA Marie Louise Fleur2, ONANA MANGA Robert Yves2, EMBOLO ENYEGUE Elisée Libert3,

 

  1. ISAPES, Yaoundé, Cameroun.
  2. Ministère de la Santé Publique, Yaoundé, Cameroun.

Ministère de la Recherche Scientifique et de l’Innovation

 

Abstract

Context: Microplastics, detected in an estimated 76% of agricultural soils, are emerging as a global food security threat. While plastic pollution is often associated with aquatic environments, cultivable soils particularly in poorly managed urban and peri-urban areas are increasingly affected. This study was designed to assess the impact of plastic pollution, specifically low-density polyethylene (LDPE) and polyethylene terephthalate (PET) microplastics, on soil fertility and the development of maize (Zea mays). Method: Field investigations were conducted in Yaoundé to identify local sources of agricultural soil contamination by microplastics. A controlled 24-day experiment was then carried out using seven pots divided into three groups: a control group without plastic, an LDPE group, and a PET group, each with increasing concentrations of 250 g, 500 g, and 750 g of microplastics. Key parameters measured included germination rate, plant height, leaf coloration, and soil texture. Results. The findings revealed that microplastics significantly hinder maize growth, reduce germination rates, alter leaf pigmentation, and induce progressive soil compaction, thereby limiting water and nutrient availability. Field observations further confirmed the widespread presence of plastic waste in agricultural areas, primarily originating from food packaging, bottles, plastic bags, and irrigation with contaminated wastewater. Conclusion. This study highlights the clear link between human practices, inadequate waste management, and soil contamination. It contributes to the growing body of evidence on terrestrial plastic pollution and provides a scientific warning about the threats posed by microplastics to food security and the sustainability of local agriculture.

 

 

RESUME :

Les microplastiques, présents dans 76% des sols agricoles selon les estimations deviennent une menace alimentaire à l’échelle planétaire. Ce présent travail de recherche s’est inscrit dans une démarche expérimentale visant à évaluer l’impact de la pollution plastique, et plus particulièrement des microplastiques de type PEBD (polyéthylène basse densité) et PET (polyéthylène téréphtalate), sur la fertilité des sols agricoles et le développement du maïs (Zea mays). La pollution plastique, bien que souvent observée dans les milieux aquatiques, touche également de manière croissante les sols cultivables, particulièrement dans les zones urbaines et périurbaines mal gérées. Le travail a consisté à identifier les sources locales de microplastiques dans les sols agricoles de Yaoundé, à caractériser leur nature, et à observer leurs effets à travers une expérimentation contrôlée. L’étude a été menée sur une période de 24 jours, à l’aide de 7 pots répartis en trois groupes : un groupe témoin sans plastique, un groupe PEBD, et un groupe PET, avec des concentrations progressives de 250g, 500g et 750g de microplastiques. Les paramètres évalués incluaient le taux de germination, la hauteur des plants, la couleur des feuilles et la texture du sol. Les résultats ont montré que la présence de microplastiques réduit significativement la croissance du maïs, diminue le taux de germination, altère la coloration foliaire et provoque une compaction progressive du sol, entravant la disponibilité en eau et en nutriments. En parallèle, les observations de terrain ont permis de confirmer la présence massive de déchets plastiques dans les zones agricoles, majoritairement issus d’emballages alimentaires, de bouteilles, de sachets et d’irrigation avec des eaux usées contaminées. Le lien entre pratiques humaines, mauvaise gestion des déchets et contamination des sols apparaît clairement. Ce travail vient ainsi enrichir les données existantes sur la pollution terrestre et constitue une alerte scientifique sur les menaces que font peser les microplastiques sur la sécurité alimentaire et la durabilité de l’agriculture locale.

Introduction

En milieu agricole, les microplastiques proviennent principalement de l’usage intensif de plastiques dans les pratiques culturales modernes. Parmi les plastiques les plus fréquents, on retrouve le polyéthylène (PE), utilisé dans les films de paillage et les sacs d’engrais ; le polypropylène (PP), présent dans les ficelles agricoles, les filets ou les contenants ; et le polychlorure de vinyle (PVC), utilisé dans les systèmes d’irrigation et les bâches. Ces matériaux, en se dégradant, libèrent dans les sols des microplastiques qui interagissent avec les composants physiques, chimiques et biologiques du sol. Dans le contexte des pays en développement comme le Cameroun, la problématique des microplastiques en milieu agricole reste encore peu explorée, alors même que l’utilisation de produits plastiques à usage unique et de techniques culturales non durables y est en augmentation. En milieu rural et périurbain, l’agriculture intensive, l’usage non contrôlé de composts contenant des résidus plastiques, ainsi que la mauvaise gestion des déchets plastiques contribuent fortement à la contamination progressive des sols. Cette étude se propose donc d’analyser l’effet des types de microplastiques les plus reçurent, notamment le polyéthylène basse-densité (PEBD) et polyéthylène téréphtalate (PET) introduits à des concentrations variables. Les résultats attendus permettront non seulement de quantifier l’effet de ces polluants sur la fertilité apparente du sol, mais également de sensibiliser sur l’usage et la gestion des plastiques dans les zones de culture.

  1. CONTEXTE

La production mondiale de plastiques était de 367 millions de tonnes métriques (Mt) en 2020, contre 1,5 Mt en 1950. La production et l’utilisation de plastiques présentent plusieurs inconvénients notamment : leur contribution aux émissions de gaz à effet de serre et la pollution terrestre et marins. La plupart des plastiques sont enfouis ou incinérés, une grande quantité finissant dans la nature, et seulement 9% sont recyclés (Alitshag et al., 2023). 

La pollution plastique est devenue omniprésente dans les sols agricoles, menaçant la sécurité alimentaire, la santé des populations et l’environnement, selon un nouveau rapport publié par la FAO, l’organisation des Nations Unis pour l’alimentation agricole. Le rapport de la FAO intitulé : un appel à l’action suggère que les terres que nous utilisons pour cultiver nos aliments sont contaminées par des quantités encore plus importantes de polluants plastiques.

La pollution plastique constitue aujourd’hui une menace environnementale majeure à l’échelle planétaire. Initialement observée dans les milieux marins, cette forme de pollution s’étend désormais aux écosystèmes terrestres, notamment aux sols agricoles, qui reçoivent chaque année plusieurs millions de tonnes de résidus plastiques issus d’activités humaines diverses. En milieu agricole, les microplastiques proviennent principalement de l’usage intensif de plastiques dans les pratiques culturales modernes. (Singh et al., 2023). Ces matériaux, en se dégradant, libèrent dans les sols des microplastiques qui interagissent avec les composants physiques, chimiques et biologiques du sol.

De nombreuses recherches ont montré que l’introduction de microplastiques dans les sols pouvait modifier les propriétés physiques, chimiques et biologiques de ces derniers. Les travaux de Hasan et al., 2024 ont notamment mis en évidence une altération de la porosité du sol, une modification de la rétention en eau et une perturbation de la respiration microbienne. D’autres études (Souza En-Nejmy et al., 2024 indiquent que certains polymères comme le polyéthylène (PE) et le polyéthylène téréphtalate (PET), en se fragmentant, peuvent libérer des substances toxiques telles que des métaux lourds, affectant ainsi la germination, la croissance et la biomasse des plantes cultivées.

Concernant l’agriculture, les recherches soulignent que les microplastiques peuvent non seulement agir comme des vecteurs de polluants organiques persistants, mais également perturber les symbioses racinaires (mycorhizes), affecter la structure des agrégats du sol et limiter l’absorption des nutriments par les racines. Une étude de (Iqbal et al., 2024 a montré que la présence de PEBD réduisait significativement la croissance de plantes modèles, notamment

En Afrique, peu d’études ont été menées sur les effets des microplastiques sur les sols, bien que l’usage intensif de sachets plastiques, bouteilles et autres objets en plastique à usage unique laisse présager une contamination diffuse des terres cultivées. Au Cameroun, l’absence de cadre réglementaire strict sur la gestion des déchets plastiques et le recyclage accentue cette problématique, rendant nécessaire des recherches locales pour mieux cerner l’impact de ces polluants.

Dans le contexte des pays en développement comme le Cameroun, la problématique des microplastiques en milieu agricole reste encore peu explorée, alors même que l’utilisation de produits plastiques à usage unique et de techniques culturales non durables y est en augmentation. En milieu rural et périurbain, l’agriculture intensive, l’usage non contrôlé de composts contenant des résidus plastiques, ainsi que la mauvaise gestion des déchets plastiques contribuent fortement à la contamination progressive des sols. (Zhang et al., 2023)

Les tonnes d’ordures produits quotidiennement, une part importante, n’est ni triée, ni valorisée, entrainant une pollution diffuse, y compris des sols périurbains (mauvais gestion, 2020). Les plastiques jetés dans l’environnement se fragmentent avec le temps sous l’effet du soleil et des intempéries, libérant des microplastiques qui peuvent être intégrées dans les sols lors des crues, de l’épandage de déchets ou de la fabrication de composte (Ndoumbe Esongami Eric, 2023)

Une étude à Musaka à Buea révèle une concentration moyenne de 3,58 particules de microplastiques par gramme de sol, avec une accumulation plus importante à une profondeur de 20cm. Les microplastiques identifiés étaient principalement des fragments irréguliers et dégradés, suggérant une dégradation avancée des plastiques. Bien que l’étude ne se concentre pas directement sur la fertilité des sols, la présence significative de microplastiques indique une pollution potentielle qui pourrait affecter la santé et la production des sols

  1. MATERIEL ET METHODES

2.1. Type d’étude :

Il s’agit d’une étude expérimentale en conditions contrôlées, visant à évaluer l’effet de différentes concentrations de microplastiques sur la fertilité du sol et la croissance du maïs (Zea mays)

2.2. Lieu d’étude de justification :

L’étude a été réalisée dans un environnement contrôlé dans la ville de Yaoundé, quartier Titi garage sur une période d’expérimentation de 24 jour

2.3. Description du lieu d’étude  

Le site choisi est situé à Titi garage, un quartier de la ville de Yaoundé IV, et se caractérise par une forte densité urbaine et une activité économique informelle soutenu. La zone est également marquée par des déchets visiblement mal gérés et se retrouvant souvent dans les quelques champs agricoles présent. La zone bénéficie d’un ensoleillement et d’un accès à l’eau, ce qui a permis de mener une expérimentation contrôlée.

2.4. Population d’étude :

La population d’étude est constituée de plants de maïs (Zea mays) cultivés dans des pots contenant du sol agricole mélangé à différentes concentrations de microplastiques.

 

2.5. Echantillonnage

a) Équipements :

  • Blouse et gants : pour garantir une manipulation hygiénique et sécurisée des échantillons et substances plastiques
  • Ciseaux : pour le découpage manuel des plastiques d’emballage (plastiques « nylon » et bouteilles)
  • Règle graduée (30 cm) : pour mesurer précisément la hauteur des contenants et la profondeur des semis
  • Mesurette de pesée : pour quantifier les microplastiques introduits dans chaque pot
  • Feutres marqueurs : pour l’identification claire de chaque pot expérimental
  • Bidons d’eau recyclés (10L) : utilisés comme pots expérimentaux

    b) Intrants et matières premières :

  • Graines de maïs de même variété jaune, couramment cultivée dans les régions au Cameroun. Les graines ont été achetées dans un commerce spécialiste dans la vente de produits agricoles situé au marché Mokolo de Yaoundé, garantissant ainsi leur qualité.
  • Eau propre (sans chlore)
  • Plastiques nylon noir et blanc (PEBD) issus d’emballages alimentaires, bouteilles plastiques d’eau de marque Supermont et jus de marque Top (polyéthylène téréphtalate (PET)

c) Documents :

 

  • Fiche d’observation d’identification des facteurs anthropiques
  • Fiche de suivi de croissance des plants
  • Carnet de notes
  • Appareil photo

 

2.6. Collecte des données

 

  1. Validation des instruments de collecte

Nous avons mené une étude expérimentale et observationnel à l’aide d’une grille d’observation identifier les types de plastique les plus présent dans les milieux agricoles ainsi que les activités humaines qui favorise cette présence. Et pour finir par analyser les impacts de ceux si sur la fertilité du sol et la croissance du maïs.

 

  1. Procédure de collecte
  1. Fiche d’observation structurée 

 Pour identifier les types de plastiques les plus fréquents dans les milieux agricoles et les pratiques humaines associées à leur présence

  1. Préparation des pots
  • Sept pots expérimentaux ont été préparés à partir de bidons d’eau de 10L préalablement récupérer dans le quartier et coupés à 17 cm de hauteur
  • Ils sont nommés Pot A, B et C pour le groupe PEBD 
  • Ils sont nommés pot X, Y et Z pour le groupe PET
  • Et CT pour le groupe cas témoins (pot non contaminés)
  1. Préparation du sol

                Le sol utilisé est un sol rouge limono-sableux prélevé dans un champ agricole exploité du quartier titi garage de Yaoundé. Ce type de sol es typique des régions tropicales humides et est typique des reconnu pour sa richesse en fer et en aluminium. Ce sol a été choisi en raison de sa représentativité locale et sa capacité à, refléter les conditions réelles de culture du maïs dans la région. Récupérer, puis divisé et chaque pot reçoit une même quantité de terre (2kg).

  1. Préparations des échantillons de microplastiques

      Les plastiques ont été découpés à la main jusqu’à obtenir des fragments de tailles variantes entre 5- 20 mm

  1. Echantillonnage (préparations des pots expérimentaux)

Les microplastiques sont incorporés dans les pots selon 3 concentrations différentes respectivement 250g, 500g, et 750g pour chacun des groupes PEBD & PET et un cas témoins (neutre).

  1. Homogénéisation et semis

             Après l’introduction des microplastiques, chaque pot a été homogénéisé manuellement à l’aide de gants avec 300ml d’eau pour simuler une humidification uniforme du sol. Ensuite, 4 graines de mais ont été semées dans chaque pot, à 2cm de profondeur. Les pots ont été exposés en plein, en conditions naturelles.

  1. Suivi expérimentale et méthode de randomisation
  • Mise en place d’un système d’arrosage quotidien à raison de 100 ml d’eau par pot, afin de maintenir des conditions favorables à la germination et la croissance
  • L’ordre de disposition des pots en plein air a été aléatoirement modifié tous les deux jours afin de minimiser l’effet de l’ensoleillement ou du vent sur certains pots
  • L’expérience a été réalisée en plein air, à Yaoundé, sous climat équatorial de type guinéen. Les températures journalières moyennes oscillaient entre 22°C et 30°C durant la période expérimentale, avec une humidité relative estimée à 70-8O%

Paramètres de croissance du maïs et fertilité du sol

  • Taux de germination (nombre de graines germées / nombre total semées)
  • Hauteur du maïs
  • Couleurs des feuilles
  • Observation de la structure du sol (compaction, rétention d’eau visuelle)

Traitement des données

Les logiciels Microsoft Word et Microsoft Excel et test statistique ANOVA ont été utilisés pour la saisie, la mise en forme, le traitement et l’analyse des données collectées. Présentées sous forme de texte, tableau et graphiques.

  1. RESULTATS

Typologie des plastiques présents dans l’environnement agricole

                Afin d’atteindre les premiers objectifs spécifiques de l’étude, des observations ont été menées dans plusieurs zones agricoles de la ville de Yaoundé. Ces observations ont permis d’identifier les types de plastiques les plus courants ainsi que les activités humaines qui favorisent leur présence.

Les résultats de la première phase d’observation sont présentés sous la figure 1 ci-dessous. Ceux-ci révèlent une présence significative de plastiques et microplastiques dans les champs agricole, avec des variations notables selon les types de polymères identifiés. Le PEBD est de loin le plus représenté avec une fréquence d’occurrence atteignant 100% des champs échantillonnés. En comparaison, le PET est retrouvé dans 90% des champs traduisant une contamination importante, issue de bouteilles jetées et textiles en décomposition. Le PEHD est présent dans 50% des cas, un chiffre également préoccupant car ce type de plastiques est souvent issu de contenants rigides pesticides et de détergents. Le polypropylène (PP) n’apparait que dans 40% des champs, tandis que le polychlorure de vinyle (PVC) et le polystyrène (PS) n’ont été détectés que dans 20% des cas.